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Des filles en noir

Elise Lhomeau et Léa Tissier. Les Films du LosangeDe tous les films vus récemment au cinéma, Des filles en noir est sans conteste le plus honnête, le plus humble, le plus vrai, et partant, le plus beau.

Bien sûr le film comporte quelques imperfections que je vais rapidement évoquer : des seconds rôles qui jouent pour certains assez faux surtout au début du film (la proviseur, l'infirmière, l'oncle trentenaire), un scénario qui, bien qu'efficace est inégal, et quelques rares maladresses. Voilà, on peut gloser et détailler ces quelques défauts tout au long d'un article : c'est ce que j'aime faire habituellement ! Mais dans ce cas, d'autres l'ont fait.

Une fois n'est pas coutume, je vais essayer d'expliquer pourquoi le film m'a touché.

D'abord j'ai trouvé le jeu des deux actrices absolument remarquable. A force de voir des professionnels aligner les mêmes trucs ou adopter l'inexpressivité comme ligne de jeu (Vénus noire, Biutiful), j'avais fini par oublier ce qu'un regard, une fossette qui se creuse, une larme qui coule, deux visages qui se rapprochent, peuvent exprimer, quand les actrices pétrissent leurs sentiments avec une rage brute et adolescente. Léa Tissier est en particulier impressionnante. 

Ensuite, je n'avais pas lu une ligne sur le scénario et le film m'a scotché comme un thriller psychologique. Vont elles le faire ? Oui, non, pourquoi ? Et après le pivot central du film (qui m'a laissé en pleurs, et hébété, car je ne m'y attendais pas du tout) comment le film pouvait il évoluer ? Il le fait à mon sens magistralement; trouvant une voie étroite et convaincante.

Jeu de miroir

Enfin, j'ai réellement adoré certains aspects de la mise en scène, bluffante à bien des égards : travellings lents et circulaires, respiration dans les plans et entre eux (très beaux fondus), maîtrise discrète de mouvements complexes (le match de foot, la crise nerf, et d'autres), jeu avec les miroirs splendides.


Sur ce dernier point je pourrais détailler très longuement mon point de vue (cf photo choisie ci-dessus) mais par exemple :  la scène chez la prof de musique est fabuleuse sur ce point, premier miroir à l'entrée, puis illusion d'une scène filmée normale, puis découverte que cette scène se joue dans un miroir, etc..  La thématique du reflet est en parfaite résonance avec le film : celui-ci ne raconte-t-il pas comment Noémie se mire dans Priscilla (ce plan magnifique en ombre chinoise ou les deux visages se reflètent presque parfaitement), jusqu'au moment où le miroir se brise ? 

En bref j'ai beaucoup aimé le film. Ses défauts me le rendent encore plus attachant. J'y ai ressenti la même qualité de sensation que dans 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Même élégance, même sobriété dans la façon de filmer le drame, même tension psychologique (ce que je redoute va-t-il se passer ?), même intensité dans le jeu de l'actrice principale, mêmes scènes décalées de repas convivial arrivant au climax de la tension psychologique, même plan lointain et sobre après le drame sur ce que vous savez, même type de vérisme social. Et c'est aussi une photo de miroir qui illustre ce film dans mon esprit. Et dans mon article.

De belles critiques sur le film :
Le Monde, Télérama, LibérationLes Cahiers du Cinéma, Les Inrocks, Le Point

3e

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heavenlycreature 08/11/2010 23:27

Je vois de quelle sensation tu parles quand tu évoques "4 mois, 3 semaines, 2 jours"... mais là, je n'ai absolument pas du tout ressenti la même chose... je n'ai même carrément pas trop ressenti d'émotion, sauf pour la mère de Noémie que j'ai trouvé bien... sinon ça ressemblait plutôt à de l'agacement ou de l'ennui... et ce n'est pas le sujet qui ne me plaisait pas, j'ai juste trouvé que le traitement du malaise adolescent était plutôt raté.

ffred 06/11/2010 20:24

C'est de l'humour Chris ! J'espère que tu ne l'as pas vraiment mal pris ! Je suis souvent bien le seul à aimer et défendre certains films aussi...

pierreAfeu 06/11/2010 11:41

*et que ces filles, toutes convaincantes qu'elles puissent être, ne m'ont pas touché.
(fin de phrase oubliée)

pierreAfeu 06/11/2010 11:38

L'actrice de Venus noire est aussi une non-professionnelle. Même remarque que Ffred sur 4 mois, 3 semaines, 2 jours... Là je ne comprends pas.
Sinon, rien à dire tant je suis soufflé que tu aimes, alors que je me suis passablement emmerdé et que ces filles. Le pivot central qui t'a tant ému est en effet la seule partie du film qui soit réussie. Mais ce qui suit, non, par pitié, non, cette niaiserie de situations (à l'HP tout le monde il est gentil), ce cliché de la musique salvatrice, Noémie qui ne s'habille plus en noir mais en bleu, etc... Seul le tout dernier plan est plutôt touchant.
Je ne vais pas en rajouter, mais je trouve simplement ce film totalement inutile et en grande partie raté, comme quoi (et comme toi et moi le disons de temps en temps), les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film.

Chris 05/11/2010 23:00

Mon cher Fred, j'ai déjà noté que ton argument définitif quand tu n'étais pas d'accord était : "Mais t'as fumé la moquette ou quoi ?". C'est un peu court.
4 mois 3 semaines 2 jours est un chef d'oeuvre, ce que je dis c'est que Des filles en noir m'ont fait éprouver le même genre de sensation, c'est comme ça, tu ne pourras pas faire en sorte que je ne l'ai pas éprouvé. Non mais.