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Eastern plays

Epicentre FilmsEastern plays ne serait qu'un film bulgare "de festival", montrant l'errance morale d'une jeunesse déboussolée, s'il n'y figurait la figure infiniment émouvante de l'acteur Christo Christov.

Ce dernier joue un grand frère toxico, qui intervient dans une agression contre une famille turc menée par une bande de néo-nazis dont fait partie son jeune frère. Il tombe amoureux de la jeune fille turque.

Il joue en partie son propre rôle, puisque dans la vraie vie il était lui même artiste (ce sont ses oeuvres que l'on voit fugitivement au début du film), et drogué.

Il est mort juste avant la fin du tournage.

La charge émotionnelle du film est donc immense et c'est une sorte de miracle de le voir jouer sobrement un personnage désorienté, lunaire, presque angélique. A mille lieues du cliché du junkie, maigre et les yeux exorbités. Une prestation incroyable, portée par une réalisation impeccable, même si elle se situe un peu trop à mon goût dans la veine "poésie urbaine et image un peu floue" chère aux cinéastes d'Europe de l'Est.

La manière dont la musique live est filmée montre parfaitement la sensibilité de Kamen Kalev, le réalisateur, passé par la FEMIS, et qui donnera probablement d'autres bons films. Il lui faudrait pour cela des scénarios plus consistants que celui d'Eastern Plays, vraiment un peu sommaire.

A voir si le film passe chez vous, ce qui est peu probable (21 salles seulement en France)


2e

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Bastien 21/03/2010 10:29

Bon filmUne vision pessimiste d'une Bulgarie désabusée, bafouée, sans espoir. Un portrait sombre où la petite histoire croise celle du pays entier. La vie, en partie biographique, d'un homme qui ne sourit plus car se rendant compte de la misérabilité de son existence. Dommage qu'il manque un je ne sais quoi, que le film ne décolle jamais vraiment et qu'à vouloir embrasser trop de thèmes (la corruption politique, le néonazisme, l'amour interculturel, la famille, la solitude) le réalisateur manque de recul pour approfondir les choses.

J'ai réalisé une interview du réalisateur, si ça t'intéresse :

Ce qui est intéressant, c’est que « Eastern plays » mélange la petite et la grande histoire, l’intime et celle de la Bulgarie…
K.K. : « Chaque personnage fait partie d’un environnement, c’est cela qui le décrit en l’absence de mot et de musique. J’aime bien regarder quelqu’un de près pour voir ce qu’il reflète, c’est-à-dire une image assez globale. Je ne considère pas le film comme bulgare, on reconnaît quelque chose de la Bulgarie mais le film pourrait se passer à Paris, par exemple. »

Quelles sont vos influences cinématographiques ? On pense à John Cassavetes, les plans fixes en plus…
K.K. : « On peut dire qu’ils sont plus ou moins fixes parce que ce sont des espaces fermés, c’est plus ou moins stable pour de la caméra à l’épaule, on ne court pas dans tous les sens, il n’y a pas de travellings impressionnants. C’est vrai que Cassavetes m’a énormément marqué : j’aime bien être près des acteurs, arriver à faire oublier la caméra, en faire un personnage invisible. »

Un grand trait de votre film, c’est le jeu constant sur les contrastes : la nuit et le jour, la beauté et la violence…
K.K. : « J’adore ça. Dans la vie tout n’est pas que joyeux ou que noir, j’aime bien mettre du contraire en tout. La vie est composée de plein de perspectives, il n’y en a pas qu’une seule. C’est ce qui nous rapproche de la réalité, car sinon c’est artificiel, et puis les contrastes sont présents chez plein de gens. C’est ce que j’aime chez eux, quand ils ne sont pas prévisibles : être imprévisible, cela veut dire être vivant. »