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Detachment

http://images.allocine.fr/r_640_600/b_1_d6d6d6/medias/nmedia/18/85/32/06/19964497.jpgOn peut regarder Detachment suivant plusieurs angles.

 

D'un point de vue général, le film constitue un tableau impitoyable d'une société qui se délite de tous côtés. L'ensemble des personnages est saisi dans une posture d'échec présent, passé ou à venir. La charge est tellement radicale qu'elle paraît parfois onirique dans ses excès : les effets déformants, les postures inhabituelles (la principale prostrée dans son bureau), les grimaces de possédés (exceptionnelle composition de James Caan), les excès des uns et des autres, les pétages de plomb en tout genre... Le film peut donc être vu d'une certaine façon comme un mauvais rêve, un cauchemar qui reflète la réalité en la déformant très légèrement, une sorte de subtile dystopie voilée.

 

Un autre angle de vision est de considérer le film comme une ode élégiaque à la dépression, un hommage à la mélancolie. Il devient alors une version de la réalité vue à travers le prisme déformant du regard de son acteur principal. Beaucoup d'éléments poussent à cette approche, dont les inserts qui montrent Adrien Brody commenter son cas, comme si toutes les autres images étaient rêvées, les nombreuses références littéraires ou les visions finales de l'école dévastée.

 

Une troisième clé pourrait être psychanalytique : inceste, suicide, rapport à la mère, au père disparu. Les rapports aux femmes qu'entretient Henry Barthes peuvent être caractérisés par une sorte d'impuissance à concrétiser ses émotions. Il ne cède pas aux avances de sa col!ègue, ne peut serrer Meredith dans ces bras, et renvoie sa jeune protégée dans une scène déchirante.

 

Le film  ne fait donc qu'effleurer de très loin le sujet pour lequel il est vendu : la difficulté d'être enseignant dans un établissement (pas si) difficile.

 

Au-delà de son ambitieux propos, le film présente deux qualités essentielles : la performance exceptionnelle d'Adrien Brody, et la mise en scène assez soufflante de Tony Kaye. Ce dernier parvient à insuffler un rythme de film d'action à cette chronique névrosée par la grâce d'un montage hyper nerveux, associé à une petite musique toute en contrepoint et à des montagnes d'effets différents - que certains spectateurs délicats ne manqueront pas de trouver grossiers.

 

Detachment n'est pas plaisant, il est puissant.

 

3e

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Magusneri 12/02/2012 15:24

Je me demande bien comment il est possible de voir ce film comme un rêve ou un cauchemar tellement la mise en scène reste au ras des pâquerettes (pardon, du caniveau). Je trouve qu'on a affaire à
une démonstration gratuite de misérabilisme (tout comme dans Precious). Le pire c'est qu'à travers la dimension soi disant coup de poing de son film (je n'y ai vu qu'une sorte de lamentation
ridicule et vaine, d'une évidence bête à manger du foin), Tony Kaye essaie de nous faire adhérer à sa vision du monde à la manière d'un intégriste du désespoir, dans un premier degré unique et
permanent qui lui enlève d'emblée toute portée artistique, voire cinématographique. Le cinéma est l'art du mensonge spectaculaire. Malheureusement Tony Kaye ne ment jamais, et il confond le cinéma
avec une salle de thérapie. Très peu pour moi, merci.

Chris 12/02/2012 19:46



Ben, c'est facile de le voir comme un cauchemar : beaucoup de plans sont simplement non réalistes !!



Gagor 02/02/2012 23:15

"objectivement digne d'intérêt"? Non, pas du tout objectivement, je n'y ai pas vu l'once d'un intérêt!

Chris 05/02/2012 17:29



Quand j'écris "objectivement", généralement cela veut dire "subjectivement"...



ffred 02/02/2012 18:42

La guerre est déclarée ?!?!???

Chris 02/02/2012 21:54



Je ne vois pas ce que tu veux dire... si ce n'est que le film dont tu parles sort en DVD.



mymp 02/02/2012 17:59

Ô Chris, que j’ai ri en lisant ta critique (ah pardon, ce n’était pas le but, ce n’était pas une critique drôle ?). Tu n’es pas crédible une seule seconde et tu ne trompes plus personne, tu sais.
S’il fallait encore faire preuve de ta mauvaise foi légendaire et de ton bel esprit de contradiction juste pour ne pas faire comme les autres, je crois que cet article solderait tous les doutes
possibles :) (what did you expect ?!)

Que tu aies aimé certaines choses dans le film, soit, mais quelqu’un de sensé comme toi ne peut dire assurément « petite musique en contrepoint » quand le film fait usage d’une musique lourde et
sirupeuse dans sa presque totalité (ou alors tu t’es bouché les oreilles pendant tout le film ?), ni « scène déchirante » alors que la scène en question est un concentré de putasserie. J’aimerai
réellement savoir ce que tu as pensé de la scène où Brody prend la voix de sa mère défunte pour rassurer son grand-père en train de mourir, ou celle aussi quand la brute de la classe, lors du
dernier jour d’Henry, retourne évidemment sa veste et dit tout le bien de ce prof merveilleux dont, dès le premier jour, il voulait casser la gueule, etc., etc.

Sérieusement, Chris ?

PS : allez, on attend pour les prochains jours ta vraie critique où tu fustiges le ridicule et les trop nombreux clichés du film comme quand tu fustigeais ceux de Drive ou de Kevin, pourtant du
petit lait comparés à ceux de Detachment. Je cite ce que tu disais à propos de Kevin (« C'est lourd, c'est surligné au fluo, c'est léger comme un char d'assaut ») et de Drive (« Le film est empesé,
pesant et poseur ») pour rendre compte de l’ironie de ta critique qui défend ce à quoi elle ne croit même pas !

Sinon, Detachment n’est pas puissant, il est putréfiant, nuance.

Chris 02/02/2012 21:59



Je ne comprends absolument pas ce que vous avez à propos de ce film, qui propose une vision cohérente, osée, contrairement à WNTTAK et Drive qui ne faisaient aucune proposition sérieuse de mise
en scène. Il faudrait que tu détailles en quoi le film est "putassier" parceque franchement, je ne vois pas du tout ce que tu veux dire. Je ne crie pas au chef-d'oeuvre, mais Detachment est
objectivement un objet digne d'intérêt, dont le flot m'a emporté...