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Departures

Regent ReleasingIl faut bien le dire, c'est un peu parce que Departures avait emporté l'Oscar du meilleur film étranger au nez et à la barbe de Entre les murs (et de Valse avec Bachir) que j'ai eu envie de le voir.

L'histoire est celle d'un jeune japonais, joueur de violoncelle pas assez doué pour faire carrière à Tokyo, qui retourne dans sa province natale. Il va trouver un peu par hasard un travail dont personne ne veut, car il est tabou au Japon : préparer les cadavres avant leur mise en bière. Il va d'abord l'exercer sans le dire à sa femme, puis ... il va se passer plein de choses, et ce n'est pas le moindre des mérites de ce superbe film que de nous emmener à travers une histoire pleine de rebondissements.

Vous allez me dire, brrr, comme sujet on trouve plus joyeux. C'est vrai en principe, mais Six Feet Under, pour les connaisseurs, a largement prouvé que les histoires de croques-morts peuvent être captivantes, marrantes, et même sexy.

Le film a ceci d'étonnant qu'il multiplie les changements de ton : pendant toute la première heure du film, les rires fusent d'ailleurs dans la salle. A la fin, ce sont plutôt les sanglots retenus et les reniflements discrets qui prédominent, mais sans que le pathos soit sur-exploité, c'est simplement l'histoire qui atteint une densité exceptionnelle dans la deuxième partie.

Le film doit beaucoup aux remarquables acteurs. Le jeune héros est d'abord à la limite du burlesque, puis il s'opacifie, gagne en profondeur tout au long du film. Sa femme, petite souris inexistante, va elle-même profondément évoluer. Le patron est formidable de hiératisme patibulaire, et tous les seconds rôles sont parfaits.

La vie provinciale japonaise est superbement montrée, dégageant une belle impression Tsutomu Yamazaki. Metropolitan FilmExportde naturalisme et de symbolisme à la fois. L'intérêt des scènes de mise en bière, documentaires au début, pittoresques au milieu, romanesques vers la fin, est sans cesse renouvelé.


Mais la qualité ultime du film est dans la perception qu'il donne de l'éternel sujet vie/mort, décliné très subtilement à travers de nombreux sujets (printemps/hiver, animal/végétal, mort des parents / abandon des enfants). Il montre d'une manière bouleversante l'emprise de l'amour sur la mort.
Departures a rencontré un grand succès au Japon, et a gagné fort justement de nombreux prix internationaux avant de triompher à Los Angeles.

Un film magnifique, à découvrir immédiatement.

4e

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Claire 01/09/2009 11:07

Cela faisait longtemps que je voulais le voir ce film, et puis je me suis fait violence hier matin au réveil pour aller à la séance de 11h à Beaubourg!
Encore une fois entièrement d'accord avec ta critique.
Les grands comme les petits rôles ont beaucoup de 'consistance', masculins et féminins, je retiens cependant particulièrement les rôles masculins du jeune homme qui me fait penser à certains rôles muets du début du siècle dernier, et du maître énigmatique.
J'ai ri (parfois en me demandant si j'en avais bien le droit mais le faisant de bon coeur! un peu comme quand ils culpabilisent tellement c'est bon de manger certaines choses) et j'ai pleuré aussi. Mais sans avoir la gorge infiniment serrée, j'ai pleuré 'doucement' si je puis m'exprimer ainsi.
Le violoncelle a quelque chose d'étrange en qu'il est tenu comme une mère ou un père pourrait tenir son enfant, les sons ramènent à des choses très profondes aussi. Je trouve que cet instrument est parfaitement adapté au thème du film qui est d'après moi est l'accompagnement au sens large, de la vie vers l'au delà, de l'enfance vers l'âge adulte (les cailloux), de la vie vers la vie tout court.
Il me semble que beaucoup de choses essentielles de l'humanité se trouvent décrites et réalisées dans ces gestes de préparation à la mise en bière, contenant tant d'amour, d'élégance (presque de noblesse!) et de respect. En aurions-nous perdu beaucoup nous-mêmes? Le doute n'est pas permis.
En conclusion: un très beau film discret mais qui laisse une trace vraie, subtile et profonde.

dasola 10/06/2009 14:04

Bonjour, je confirme que ce film a mérité son Oscar (quoqu'en disent les esprits chagrins). Cette cérémonie de la toilette et de la préparation des morts pour l'au-delà a quelque chose d'hypnotique: la musique est belle. Un grand film pas triste du tout, bien au contraire. Bonne journée.

ffred 10/06/2009 10:49

Un vrai bonheur, une excellente surprise. L'un des meilleurs films de l'année.