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Black swan

Natalie Portman. Twentieth Century Fox FranceLe début de Black Swan est magistral.

 

Une danseuse sur une scène, l'obscurité qui règne autour d'elle, la caméra qui virevolte magnifiquement, le grain de la photo est sensuel, son partenaire tout à coup se transforme en créature maléfique. Il s'agit d'un cauchemar. Enfin, peut-être.

Nina est danseuse professionnelle. Elle rêve d'obtenir le premier rôle dans la nouvelle production de son ballet : une version revisitée du Lac des Cygnes. Pour cela elle doit prendre place de la danseuse étoile (Winona Ryder), qui était la maîtresse du chorégraphe (excellent Vincent Cassel, qui pour une fois n'en fait pas trop). Elle doit aussi se méfier d'une nouvelle venue (étonnante Mila Kunis), aussi sensuelle et intuitive qu'elle est elle-même réservée et introvertie... Mais pour obtenir le rôle, elle doit apporter la preuve qu'elle peut être à la fois le cygne blanc, et son double maléfique, le cygne noir.

Darren Aronofsky, qui avait impressionné avec son excellent The Wrestler, livre ici une copie quasi-parfaite. Le film est troussé avec une maestria qui l'entraîne vers les plus hauts sommets : tout ce qui ce fait l'art de la mise en scène semble y être porté au plus niveau d'achèvement. La caméra évolue avec une liberté vertigineuse, le cadre est parfait, le montage irréprochable. Aronofsky signe une oeuvre qui parvient à être à la fois follement sensuelle et brillamment conceptuelle.

Natalie Portman trouve certainement là le rôle de sa vie. Elle est absolument bouleversante dans ce rôle de prodige vieillissant et hyper-sensible, tendue comme un arc vers la perfection. La folie est très présente dans le film (paranoïa, schizophrénie), et l'ambiance y est extrêmement pesante. Autant le dire, mieux vaut ne pas être trop sensible pour apprécier le film qui est fort déstabilisant lorsqu'il montre des modifications Natalie Portman. Twentieth Century Fox Francecorporelles insolites dignes d'un Cronenberg, ou des apparitions qui font sursauter et génèrent des frissons comme a pu le faire en son temps le Shining de Kubrick.

Les 30 dernières minutes en particulier sont époustouflantes. Le film prend alors l'allure d'une sorte de toboggan de la peur et de l'horreur, accumulant les morceaux de bravoure comme des perles, et culminant avec une danse du cygne noir qui peut dès maintenant être classée parmi les plus beaux moments de cinéma vus en 2011.

La personnalité de Nina, son éveil chancelant à la sexualité, son rapport difficile au corps et sa soif d'absolu vous accompagneront pour longtemps, si vous n'avez pas trop peur d'avoir peur . 

Pour aller plus loin :

A noter les 4 affiches absolument superbes :

Twentieth Century Fox FranceTwentieth Century Fox FranceTwentieth Century Fox FranceTwentieth Century Fox France

Qui rappellent le grand art de l'affiche polonaise :

De nombreux blogs et articles listent les influences cinématographiques perceptibles dans Black Swan. Liste non exhaustive : Les chaussons rouges de Michael Powell,  le cinéma de Cronenberg en général (et La mouche en particulier), Polanski (Répulsion, Le locataire, Rosemary's baby), le cinéma de De Palma (Carrie, pour la mère bien sûr, et Phantom of Paradise), La double vie de Véronique de Kieslowski, Showgirls de Verhoeven, Perfect Blue de Satoshi Kon, Suspiria d'Argento, La pianiste de Haneke.

Dans le Monde du 9 février, interview intéressante d'étoiles de l'Opéra de Paris sur la "véracité" de ce que montre Black Swan à propos du monde de la danse. Marie Agnès Gillot juge le propos du film "stéréotypé et ringard", mais Agnès Letestu déclare "tout est vrai, archi-vrai, même si caricatural". Sur les indications d'Alain voir l'interview sur le site de Rue89 de Brigitte Lefèvre, directrice de l'Opéra de Paris ici, Black Swan vu comme une "caricature crédible".

Dans le genre Voici, savez vous que Natalie Portman a rencontré le père de son futur enfant sur le tournage de Black Swan. Le chorégraphe français Benjamin Millepied (un nom comme ça pour un danseur, ça ne s'invente pas) était en effet en charge de superviser les progrès en danse de l'actrice, ce qu'il a visiblement fait avec application. Il joue le Prince dans le film. L'heureux évènement est prévu aux alentours des dates du festival de Cannes.... Marion Cotillard doit également accoucher à cette époque (aucun rapport).

A la demande du New York Times, Vincent Cassel danse comme Fred Astaire. Est-il nécessaire de rappeler que le père de Vincent Cassel, Jean Pierre, était un danseur émérite (il joue dans  Chorus Line) ?

Merci de me signaler tout élément susceptible d'enrichir cette micro-encyclopédie sur Black Swan.



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Anatole 16/08/2011 15:24

Complètement d'accord. Belle critique.

Armelle 04/03/2011 09:52

Je partage tes réserves. Ce film est bancale, car à des scènes absolument magnifiques succèdent des plans lourds et maladroits qui émoussent l'émotion. Même la fin souffre d'une surcharge d'hémoglobine. Un passage sublime : le moment où la danseuse, dans les coulisses, se transforme en cygne noir. Génial ! "Black swan", traité par une caméra plus fine et subtile, aurait pu être un chef-d'oeuvre. Dommage !

Marnie 24/02/2011 10:53

Je vous remercie pour votre visite et votre commentaire !

Claire 16/02/2011 18:11

Je suis tout à fait d'accord pour les affiches!

pierreAfeu 16/02/2011 09:26

Bien aimable de me citer parmi les récalcitrants.
Allusion très drôle à Marion Cotillard !
Et très belles affiches !!!