Christoblog

Gazette du festival des 3 continents 2010

22 novembre

C'est parti : après les traditionnels (et trop longs) discours des officiels, le 32ème festival des 3 continents est ouvert.

Les quelques mots de Pedro Gonzales Rubio, le réalisateur d'Alamar (3/5), racontant comment son grand-père l'a emmené sur les lieux de tournage d'un de ses films (présenté à Venise) après de longues hésitations ("there were only graves there") est particulièrement touchant.

Alamar, à la fois documentaire et fiction, donne à voir la vie de pêcheurs dans le Golfe du Mexique. C'est minimaliste, très proche de la nature et les images du film restent longtemps en tête.

 

24 novembre

Gesher (1/5) est le premier film d'un jeune réalisateur iranien né en 1981. Il suit la vie de Ghobad, Jahan et Nezam, trois iraniens descendus dans le sud du pays, pour essayer de gagner de l'argent. Leur salaire est tellement faible que les trois hommes vivent dans un tronçon de pipe-line.

Le film souffre des habituels SFPD (Syndromes des Films Pauvres mais Dignes) : surabondance de plans fixes d'une durée éprouvante, rares dialogues, scénario squelettique, acteurs inexpressifs, absence de rythme. On ne s'intéresse que très partiellement à nos trois compères qui ne vivent que des évènements anecdotiques et sans grand relief.

C'est tellement ennuyeux qu'on a parfois envie qu'une bombe explose. Sinon, il faut reconnaître au film une image magnifique, un sens du cadre très juste, et un intérêt : nous montrer des visions de sites industriels époustouflantes (de nuit notamment). La région est en effet un immense site de production de gaz naturel.

 

26 novembre

Vision très éprouvante du film Le fossé (4/5) de Wang Bing, une fiction qui a toutes les allures d'un documentaire, et qui nous montre la vie dans un camp de rééducation chinois, dans les années 60. Voir mon article détaillé.

 

27 novembre

J'en avais un peu marre des films lents. Qu'ils soient bons (Le fossé) ou mauvais (Gesher). Ouf, enfin un film qui a un semblant de rythme dans la partie compétition du festival.

Avec The high life (2/5), voici un montage à un rythme normal, avec des personnages auxquels on s'attache : un arnaqueur, une prostituée amoureuse, une jeune villageoise débarquant à Canton. La première partie, agréable, nous plonge dans la vie de ces "villages urbains", typiques des mégapoles chinoises grandissant à toute vitesse et englobant les anciens ilots traditionnels. Vers le milieu de film, ce dernier bascule vers une autre dimension complètement zarbi (un gardien de prison obligeant les détenus à déclamer ses poèmes, aux connotations sexuelles explicites) qui est très plaisant.

Le réalisateur, présent en fin de séance, nous avoue que cette personne existe vraiment et joue son propre rôle (magie du festival, sinon on aurait du mal à y croire !). Un bon moment, typique de ce cinéma chinois de la sixième génération où les réalisateurs tournent librement - mais sachant que leur film ne sera pas distribué en Chine, contrairement à ceux de la cinquième génération, au moins dans leur deuxième partie de carrière (Chen Kaige ou Zhang Yimou).

Si le résultat est joyeusement foutraque et finalement ne constitue pas vraiment un ensemble tout à fait cohérent, on devine que Zhao Dayong est un réalisateur à suivre : sa mise en scène est en effet à la fois élégante et efficace. La photographie du film est aussi très belle.

 

29 novembre

Dimanche sous la neige à Nantes. Et magie du public du F3C, la séance de 16 h pour un film ouzbek de 1972 refuse du monde ! La salle 1 du Katorza est pleine à craquer.

La septième balle (3/5) est une vraie gourmandise de spectateur. Non de cinéphile, mais de simple spectateur. Rendre compte d'un objet de ce type n'est pas entreprise facile mais je vais essayer : imaginez une situation de western classique, des décors arides absolument magnifiques, des acteurs qui parlent russe et portent de drôles de chapeaux (les ouzbeks semblent être le peuple le plus imaginatif dans le domaine chapelier, voir cette sorte d'algue verte sur un crâne chauve), des situations burlesques, un acteur principal au charisme imposant (on le surnomme le Toshiro Mifune centre asiatique), des scènes d'action, du politiquement non correct, une histoire d'amour, une musique classy évoquant à la fois les James Bond et le jazz moderne.

Voilà le mélange détonnant que propose ce classique du cinéma d'action ouzbek, dirigé de main de maître par Khamraev, "le Martin Scorsese de l'Asie centrale" selon Ouest France ! Que des pans entiers de la cinématographie mondiale nous restent totalement inconnu me chagrine toujours (pff, le film n'a même pas de fiche dans Allociné). C'est donc un plaisir énorme de voir le voile se lever un peu.

Palmarès 

Pas de chance : je n'ai vu aucun des films primés dans la compétition.

La Montgolfière d'or revient au film documentaire colombien Los abrazos del rio, de Nicolas Rincon Gille, qui mêle légendes autour du fleuve principal du pays (le Magdalena) et chronique sur les exactions des paramilitaires. J'avais repéré avant le début du festival le blog de tournage du réalisateur, intéressant.

La Montgolfière d'argent va au film paraguayen Cuchillo de palo (108), un autre documentaire, qui enquête sur les traces d'un des 108 homosexuels arrêtés et torturés sous la dictature Stroessner.

Le prix du jury va enfin à The fourth portrait, film taiwanais de Chung Mong-Hong, qui semble marcher dans les pas d'Edward Yang et dont j'ai critiqué le premier film, assez original : Parking. J'écrivais dans mon billet : "un réalisateur à suivre"... Il faut espérer qu'on puisse voir ces trois films en sortie française.

A l'année prochaine en direct du F3C.

 

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