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La douleur

Je suis très embêté pour commenter ce film.

D'un côté je me suis royalement embêté (j'y reviendrai plus tard), de l'autre il me faut reconnaître qu'il y a ici un véritable projet de cinéma qui rend le film, si ce n'est aimable, du moins respectable.

Dès le premier plan, la caméra s'égare, flotte, film vaguement le ciel de Paris et une tasse à café et la nuque de Mélanie Thierry, pendant que les phrases inimitables de Duras flottent dans l'air comme des bribes évanescentes. Pour le coup, la mise en scène est à l'unisson du texte durassien : vaguement quelconque, peu empathique, désespérément anti-narratif. 

On voit bien le projet de Finkiel, qui est de donner une traduction visuelle du livre, sans s'illustrer littéralement, et c'est assez réussi de ce point de vue. Le souci, c'est que les états d'âme de Mélanie Thierry m'ont laissé complètement indifférent. Pire que cela, je n'ai pas compris ses évolutions : pourquoi s'entiche-t-elle du personnage joué par Benoît Magimel ? Pourquoi vouvoie-t-elle et tutoie-t-elle alternativement Dionys ? Quelle est la nature de sa douleur ? Tout ses auto-apitoiement verbeux et souvent abscons ("Mes pieds marchent" "Ma voix se tait") m'ont énervé : je me rends compte que le problème que j'éprouve vis à vis du film (en plus d'un certain formalisme corseté), c'est que je n'aime aucun de ses personnages.

La douleur confirme également un fait déjà constaté : Benjamin Biolay est bien le pire acteur sévissant aujourd'hui dans le cinéma français. Sa variété d'expression est d'une pauvreté sans nom, et se limite à l'expression bornée, dégingandée et lippue qui semble consubstantielle à sa façon d'être (et je ne parle même pas de sa mèche de cheveux toujours aussi artistement disposée). Il a le charisme d'une éponge en fin de vie. 

A vous de voir en fonction de votre appétence pour Duras. Si vous aimez (et comprenez) des phrases, comme celle-ci, allez-y : "Ainsi seconde après seconde la vie nous quitte nous aussi, toutes les chances se perdent, et aussi bien la vie nous revient, toutes les chances se retrouvent."

 

2e

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Strum 15/02/2018 18:07

Bonsoir, La phrase que vous citez n'est pas dans le film de mémoire. Sinon, Duras fréquente le personnage de collabo joué par Magimel uniquement parce qu'il est susceptible de l'aider à délivrer Antelme ou de lui fournir des informations. C'est clairement dit dans le film et elle ne s'entiche aucunement de lui. Pour l'alternance du vouvoiement et du tutoiement, il s'agit des convenances de l'époque, le passage au tutoiement signifiant une intimité supplémentaire. Et sa douleur tient à la fois à l'absence de son mari et à la peur de son retour car elle ne l'aime plus. C'est une adaptation très réussie du livre de Duras, qui est à lire (c'est un étonnant témoignage sur l'époque, le seul livre que j'aime de Duras - je n'aime pas trop le personnage). Cela dit, cela doit aider d'avoir lu le livre pour aimer le film (et j'ai quelques réserves malgré tout).

Chris 18/02/2018 18:00

Vous avez raison, c'est une phrase du livre qui n'est pas dans le film : bien vu !

dasola 10/02/2018 17:53

Bonsoir Chris, je suis contente, je me sens moins seule. Les deux heures du film sont interminables. Bonne fin d'après-midi.

armelle 09/02/2018 12:09

Après t'avoir lu, je n'irai pas le voir. Déjà que je n'aime guère Duras.

Chris 11/02/2018 19:38

Alors, vraiment, il ne faut pas y aller ...

anne 09/02/2018 09:48

je suis complètement effarée de lire tant de haine à votre égard !! quelle intolérance !!! Ce Miedico a besoin d'un psy

Chris 11/02/2018 19:38

Laissons-le à son absence d'arguments !

Marie Noël 09/02/2018 07:44

Pas encore vu le film. J’aimais Duras dans le temps ... alors on verra si « La douleur » me saisit. Je voudrais bien. La phrase que vous transcrivez représente l’idée que j’ai de Duras. La force et la douleur de la vie et de la mort. Et la re-naissance comme une rédemption. Marguerite, s’en sortait toujours encore plus vivante.