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Brooklyn village

Le nouveau film d'Ira Sachs, éternel porte-drapeau du cinéma indépendant new-yorkais, présente une grande qualité et un petit défaut : il est gentil.

Commençons par la qualité : il est rare de voir un cinéaste filmer ses comédiens avec autant de douceur et d'empathie.

Chez Sachs, personne n'est vraiment méchant, mais tout le monde peut l'être à certains moments. Le beau personnage de Leonor, a priori le personnage pour lequel on doit avoir de la sympathie dans le film, se montre finalement le plus odieux, utilisant des mots très durs et inutilement blessants envers Brian. Ce dernier, dans le rôle du méchant qui doit expulser Leonor, est à l'inverse doux et compatissant.

Le regard bienveillant du réalisateur est particulièrement convaincant quand il s'attache à décrire les rêveries du jeune Jake, un peu moins en ce qui concerne le deuxième ado, l'hyperactif Tony. L'amitié des deux garçons est joliment décrite, avec une sérénité et une maturité qui évitent tout sentimentalisme inutile. Elle contraste avec l'effet de pesanteur que l'état d'adulte semble imposer aux parents. 

Tout cela est magnifié par une façon de filmer New-York admirable.

Hélas, le film ne convainc pas entièrement par la faute de ses qualités même : un peu trop gentil, légèrement mou et manquant de tranchant. Si les observations psychologiques ténues et délicates sont la force du film, on comprendra qu'elles puissent un peu ennuyer.

A conseiller aux amateurs de presque rien bien observé, et agréable à regarder.

 

3e

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Claudine 30/09/2016 08:56

J'ai trouvé que dans ce film, beaucoup de choses ne fonctionnaient pas bien :

On présente la famille qui reprend l'appartement comme des bobos généreux mais désargentés, la mère psy ne travaillant que 4 jours par semine, le père comédien sans ressources régulières... Certes. mais n'oublions pas que soudain (et de façon inattendue), cette famille se retrouve dans un appartement spacieux où elle n'a pas de loyer à payer comme elle le faisait à Manhattan (ou alors, si elle était propriètaire de son logement d'alors -peu probable-, avec l'argent de la vente de celui-ci). Dans les deux cas, certes, il faut dédommager la soeur, mais normalement la situation financière de la famille devrait largement s'AMELIORER. Nul besoin, donc, d'augmenter du triple le loyer de la boutique en dessous. Cela pourrait se faire graduellement, très raisonnablement, et de façon bien plus indolore...

Quant à Léonor, on nous la présente comme une petite couturière sans ressources. Mais rien à voir avec les modestes échoppes à Paris de nos petits tailleurs turcs ou chinois : c'est plutôt une "créatrice" : sa boutique est spacieuse, moderne, et elle y elle vend en trêt à porter des robes à 250 dollars (= 200 euros. Pour info, la même robe chez Zara ou Mango coûterait environ 60 €..). Ce type de boutique (et de prix) correspond totu à faitt aux multiples boutiques bobos moyennes qui se sont multipliéee ces dernières années, à Montmartre, dans le Marais, ou le 20 ème arrondissement: rien de luxueux, mais une clientèle et un milieu social extrêmement voisins de ceux de nos nouveaux occupants de l'appartement au dessus.

Donc, présenter ce film comme la mélancolique et décourageante constatation du manque de porosité entre deux milieux sociaux opposés me semble donc un contresens absolu. Je sais bien que c'est sans doute ce qu'Ira Sachs a voulu faire. Il me semble que là, il a raté son coup...

Chris 03/10/2016 21:05

Bonsoir Claudine,

Merci pour ce commentaire très argumenté.

Juste deux remarques :
- la vie à NY est très chère, il est donc difficile de juger des réelles dépenses du couple : le mari ne doit pas gagner grand-chose et finalement on ignore tout du salaire de la mère. Les écoles privées coûtent de plus extrêmement cher aux US, et c'est d'ailleurs un paradoxe terrible que ce soit pour financer la scolarité de leur fils qu'ils augmentent le loyer
- sans la soeur qui veut "sa part", je ne suis pas sûr qu'ils franchiraient le pas, mais cette dernière est très insistante

Quant à la boutique, elle n'est pas très fréquentée et les affaires ne semblent pas florissantes...

Pour ma part, je n'ai pas trouvé cela irréaliste.