Christoblog

Les habitants

Le dernier film du génial Raymond Depardon repose sur un dispositif à la fois modeste et génial.

Depardon se promène en France avec une vieille caravane, et invite les quidams rencontrés dans la rue à poursuivre leur conversation dans la caravane.

Le résultat est émouvant et glaçant. 

On est d'abord extrêmement surpris de la profondeur des conversations. Bien sûr, Depardon a probablement éliminé toutes les conversations insignifiantes au montage, mais ce qui reste dresse un tableau à la fois complet et impitoyable de la condition humaine : appréhension de s'engager dans la vie d'adulte, incommunicabilité entre les êtres, espoirs et déceptions...

Si les relations d'amitiés ou parents/enfants sont assez touchantes dans le film, on ne peut être qu'attérés par ce que les différentes conversations donnent à voir des relations hommes/femmes dans la France d'aujourd'hui : divorce, violences conjugales, femmes abaissées au rang d'objet sexuel (la terrible conversation des deux potes de banlieue), incompréhension mutuelle (le couple dans lequel la femme ne supporte pas de dormir avec un homme), légèreté coupable du garçon qui ne veut plus de sa copine si elle veut garder son bébé ("elle n'a même pas le permis").

Edifiant, le film de Depardon ne nous encourage pas à être optimiste quant à l'humanité. Au final, si on excepte le premier couple et dans une moindre mesure le dernier, le tableau présenté est surtout empreint de solitude, d'espoirs incertains et de craintes réelles.

Raymond Depardon sur Christoblog : La vie moderne (****) / Journal de France (**)

 

3e  

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nyx 31/05/2016 14:17

Bonjour
Je ne suis absolument pas d'accord avec vous. Pourtant jusqu'à "la vie moderne" (je n'ai pas vu "journal de France"), j'appréciais énormément le travail de R.Depardon. Mais là c'est juste navrant tant formellement que dans le fond. Le procédé choisi, le face à face de profil, afin que les protagonistes soient plus à l'aise devant la caméra est assez moche (en 2016, il y a des moyens d'installer des caméras discrètes dans une caravane) et les plans extérieurs sur la route qui aère le sujet sont sans intérêt et c'est bien dommage de ne pas nous présenter les villes où il s'arrête au lieu de se fader le cul de la caravane non stop. D'autant que lorsque l'on sait dans quelle ville on se trouve grâce aux protagonistes, ce n'est pas positif pour ces villes dont on ne voit rien, donc on ne peut pas se rendre compte de cet environnement dont ils parlent et c'est bien dommage. Mais bref, passons au fond... Ah c'est là que le bas blesse, il n'y a pas de fond. La plupart des gens sont médiocres et s'expriment mal... Pourquoi si peut de variété sociale ?... Un couple de futur parents qui parle marques pour leur futur bébé, consternant ! Un couple d'amoureux dont la discussion tourne autour de la robe blanche pour le mariage avant d'être déformée par un enfant et la bague en diamant, consternant ! Les deux ados qui parlent des filles "propres" ou pas, flippant ! Le gars qui ne veut pas que sa copine garde le bébé car elle n'a pas le permis et son pote qui n'arrive pas à aligner deux mots, doublement consternant ! ... etc... des conversations dont a du mal à comprendre le sens en les prenant en court et qui sont excluantes, d'autres qui aurait mérité plus de temps (comme celle de la photo ci-dessus) et quelques unes qui ont trouvé grâce à mes yeux : les deux jeunes qui vont entrer dans la vie adulte avec l'un qui en est content et l'autre qui a peur, la dernière car malheureusement représentative d'une certaine France d'aujourd'hui mais qui aurait mérité plus de profondeur pour tenter de comprendre. Bref, Depardon fait le minimum syndical, il ne prend plus la peine d'aiguiller ses intervenants. Prendre autant de subventions pour faire ça, c'est du gros foutage de gueule !! D'autant plus décevant parce que ce monsieur a su nous toucher plus d'une fois... quand il "travaillait" !!!
Mieux vaut revoir "la vie moderne".