Christoblog

The revenant

Iñárritu est doué, quand il s'agit d'emballer une scène sur un tempo d'enfer en immergeant le spectateur dans ce qui ressemble vraiment beaucoup à la réalité.

A ce titre, l'attaque initiale du camp, la rencontre avec l'ours et quelques autres scènes sont de véritables morceaux de bravoure.

Si le film s'était cantonné à un manuel de survie en milieu hostile, sec et précis, il aurait probablement plus captivé. L'ajout inutile du personnage du fils (qui n'existe pas dans le livre) et le salmigondis pseudo mystique que constituent les visions du héros tendent à dévaloriser le film, qui ne sait plus trop où se situer : à mi-chemin entre un documentaire aux belles images type National Geographic et une errance spirituelle à la Malick des mauvais jours.

Du coup, l'épreuve est beaucoup trop longue (2h40 qui durent, qui durent), d'autant plus que The revenant se résume à son contenu programmatique, qu'on connaît en entrant dans la salle : un homme survit et se venge.

DiCaprio ne m'a pas fait forte impression : porter un maquillage de scarifié et rouler des yeux en mangeant du foie cru ne fait pas un grand acteur. J'ai trouvé par contre les autres personnages de trappeurs excellents, notamment le méchant, parfaitement joué par Tom Hardy.

Le cinéma d'Iñárritu ne se réalise au final peut-être que dans la performance ébouriffante, comme c'était le cas dans Birdman. La demi-mesure semble lui être interdite.

Iñárritu sur Christoblog : Birdman (****)

 

2e

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Lucas Nadel 15/03/2016 10:48

Pour moi Chris, tu passes à côté du film dans cette critique. Bien d'accord avec Fredo. La matière narrative est bien présente et traite de notre rapport (très contemporain) à la nature. Et puis nous venons ici afin de lire des critiques de films, pas pour savoir si des personnages ont été enlevés ou rajoutés au bouquin.
Les passages oniriques sont riches de sens et appuient la problématique, certes écologique, mais bien ancrée tout de même. Pour ma part, un beau et bon film, et une symbolique qui sert le propos. Il y aurai une belle analyse scénaristique à faire ici, je te prie de me croire.

Chris 16/03/2016 17:59

Merci pour ton commentaire Lucas.
Je ne demande qu'à lire une belle analyse scénaristique sur ce film, mais je ne l'ai pas trouvé.
Quand au fait de savoir que le personnage du fils n'existe pas dans l'histoire initiale, je trouve cela intéressant à plusieurs titres : c'est d'abord une info que je donne à mes lecteurs, et ensuite cela démontre une intention du réalisateur, qui est de donner une nuance plus larmoyante, plus émotive à son film. Ce n'est donc pas selon moi hors sujet.

Fredo 29/02/2016 20:06

Il ne tue pas l'assassin de son fils alors que c'est ce cette envie qui l'a portée pour traverser toutes les difficultés, jusqu'à vivre comme un être primitif d'un autre temps, petit homme au milieu d'une nature immense et inhospitalière, parcourue par des êtres brutaux, déshumanisés. Non c'est un parcours initiatique vers une vie respectueuse de l'autre. Dans cette autre vie, ce n'est pas l'homme qui décide de la mort d'un autre homme : C'est un pas vers la civilisation.

Chris 29/02/2016 20:24

Cette histoire de ne pas tuer l'assassin de son fils me parait le comble du cynisme :
1-le personnage du fils n'existe pas dans l'histoire
2-il sait très bien que les indiens vont le tuer à sa place
C'est donc plus une sensiblerie du scénariste doublée de l'hypocrisie qui amène à cautionner la peine de mort, et de la délégation de tuer.
Dans tous les cas, cela flatte le sentimentalisme du spectateur.

BigTom 28/02/2016 23:00

La matière narrative est certes minimale, mais comme l'est la raison qui oblige Glass à la survie, et quant à moi, elle m'a amplement suffi à retenir mon souffle pendant ces deux heures quarante...