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Gazette du festival du film d'Arras 2015

15 novembre

Dernier jour à Arras. L'hôtel de ville est éclairé en bleu, blanc et rouge. Nous voyons d'abord Les suffragettes, agréable et didactique film qui évoque l'histoire ... des suffragettes. Intéressant historiquement, mais un peu académique à mon goût.

Dans ces jours de tristesse et de deuil, l'irrésistible vent de fraîcheur et de plaisir que fait passer La vie est belge, de Vincent Bal, fait un bien fou. Il s'agit d'une comédie musicale mettant en scène deux fanfares en concurrence, une wallone et une flamande. Le film va être distribué en France et tant mieux pour vous : c'est la garantie d'une soirée décalée et ébouriffante, un peu comme si Christophe Honoré avait tourné une comédie chantée avec Benoit Poelvoorde.

En ce qui concerne le Palmarès:

-L'atlas d'or est remis au magnifique Virgin mountain de Dagur Kari (cf ci-dessous)
-L'atlas d'argent revient à Thirst de la bulgare Svetla Tsotsorkova
-Le prix de la critique est attribué a The red spider, que j'ai eu la chance de voir et dont j'ai dit du bien également (lire ci-dessous)
-Enfin le prix du public et décerné à The fencer, film finlandais de Klaus Haro

A l'année prochaine !

 

14 novembre

Ce matin, je me suis posé la question de retourner au Festival, avant de décider d'y aller : si nous sommes terrorisés par les terroristes, alors ces derniers ont gagné la partie. Je retourne donc à Arras, presque par principe, en signe de résistance. 

Virgin mountain (sortie le 26 mars 2016), film islandais en compétition, est une petite merveille de sensibilité et de délicatesse. C'est le portrait de Fusi, 43 ans et obèse, renfermé et peu adapté au monde moderne, qui tombe amoureux et s'ouvre progressivement à l'extérieur. Le film est en compétition et je le verrais bien remporter quelque chose.

The culpable est un film allemand qui tisse une belle intrigue autour d'un prêtre catholique pédophile. L'originalité du film, très solide et agréable, est de conter l'histoire à travers les états d'âme d'un ami du coupable. Longue discussion très intéressante après le film avec le réalisateur Gerd Schneider, qui fut lui-même prêtre.

Fin de journée en famille pour l'avant-première mondiale de Encore heureux, de Benoit Graffin (scénariste chez Pierre Salvadori ou Catherine Corsini), avec des acteurs en pleine forme : Sandrine Kiberlain, Edouard Baer et Bulle Ogier. La comédie a suffisamment de mauvais esprit pour être originale et de rythme pour être agréable. Benoit Graffin habite à une centaine de mètres de la rue de Charonne. Il n'est évidemment pas venu assister à ce moment pourtant si important de la vie de son film, et on le comprend. 

 

13 novembre

A 19h, l'ironie cruelle de la vie fait en sorte que j'assiste à la projection de Dough, comédie consensuelle mettant en scène l'amitié d'un vieux juif blanc et d'un jeune musulman noir. Nous discutons de tolérance entre religions avec le réalisateur John Golschmidt et le jeune acteur. 

Quelques minutes plus tard, les carnages parisiens vont commencer et se dérouler pendant que j'assiste à la projection d'un film en compétition, The red spider, du polonais Marcin Koszalka. Le film est formellement admirable, oprressant et très réussi. Il démontre la grande forme du cinéma polonais. 

C'est sur la route du retour à Lille que je découvre en écoutant la radio l'horreur de tout ce qui vient de se passer. Je ne peux faire autrement que regarder, hagard, les chaînes d'information continues jusqu'à deux heures du matin.

 

9 novembre

Béliers, prix Un certain regard à Cannes 2015, est mon deuxième coup de coeur du Festival. Le film de l'islandais Grimur Hakonarson est une épure merveilleusement filmée, dont aucun plan n'est superflu. Le film sort le 9 décembre et je le recommande très chaudement.

Le dernier film de la soirée, Les amitiés invisibles, de l'allemand Christoph Hochhausler, est d'une préciosité glacée qui m'a laissé complètement indifférent. J'avais vu le premier film de ce réalisateur il y a bien longtemps (Le bois lacté en 2003), qui m'avait fait cette même impression de prétention affectée. Si vous tenez vraiment à vous ennuyer, ce sera à partir du 18 novembre.

8 novembre

Ce matin, El cinco, de l'argentin Adrian Biniez (Ours d'argent à Berlin en 2009 avec Gigante), s'intéresse avec finesse à un sujet rarement traité au cinéma : la reconversion d'un joueur de foot, qui se rend compte qu'il ne sait rien faire. C'est doux-amer, peut-être un peu trop doux et pas assez amer, mais en tout cas plein de sensibilité.

Fin d'après-midi ratée : la projection au Casino du film de Guédigian, Une histoire de fou, est retardée pour un incident technique, et comme je travaille tôt demain matin, j'abandonne après trente minutes d'attente.

 

7 novembre

Ouverture du Festival avec un premier film de la suédoise Sanna Lenken, My skinny sister (sortie le 16 décembre). En partie autobiographique, le film traite avec talent et sensibilité de l'anoxérie. Le film est tourné du point de vue d'une enfant de 12 ans, un peu comme l'était Tomboy. Une réussite. J'enchaîne avec Chala, une enfance cubaine (sortie début 2016), un puissant mélodrame, énorme succès dans son pays, et qui ne se prive pas d'envoyer quelques piques au pouvoir cubain. Une chronique pleine d'une énergie débordante, mon premier gros coup de coeur.

La suite est d'un tout autre genre : Why me ? du roumain Tudor Giurgiu est un thriller politique rigoureux et éloquent, un peu sec dans son propos, mais édifiant sur l'état de déliquescence de la Roumanie au début des années 2000. Le film n'a pas de distributeur en France pour l'instant, comme d'ailleurs You're ugly too, de l'irlandais Mark Noonan. Un très joli premier film, très bien servi par ses acteurs, en particulier l'excellent Aidan Gillen, que les habitués de la série Game of thrones connaissent sous les traits de Petyr Baelish, alias Littlefinger.

Dernier film de cette journée dense avec le distrayant et enlevé A perfect day (sortie le 16 mars 2016) de l'espagnol Fernando León De Aranoa, qui est à l'humanitaire (dans les Balkans) ce que M.A.S.H. a été à la guerre (en Corée). En moins subservif, et en plus glamour. Benicio del Toro et Tim Robbins excellent dans leur rôle. Mélanie Thierry et Olga Kurylenko aussi.

 

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