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The tribe

The tribe est la plus grande imposture vue récemment. Qu'il ait obtenu toute une série de récompenses à la Semaine de la Critique indique la faiblesse de cette section du Festival de Cannes, dans laquelle la posture est si importante.

Myroslav Slaboshpytskiy filme des sourds-muets orphelins délinquants sans sous-titre. C'est beaucoup. C'est trop. Ce faisant, il nous contraint à la position de spectateur voyeur, et il réduit le handicap des acteurs à un certain type de réification : les personnages ne sont plus des êtres humains, mais des concepts agités devant une caméra complaisante. 

L'impression que le film m'a donné lors de sa projection à Cannes était extrêmement désagréable. Le réalisateur me semblait manquer de respect à la fois vis à vis de ses spectateurs, de son sujet, de ses acteurs et même de ses références. Slaboshpytskiy ne manque pas de convoquer la violence la plus crue, un peu à la manière d'un Tarantino ou d'un Winding Refn, mais sans l'hystérie joyeuse du premier, et sans l'ambition plastique du second.

Les femmes sont tout au long du film manipulées comme des objets, les scènes de sexe sont mises en scène comme des photos de calendrier porno soft (cf ci-dessus), bref, tout est emprunté, artificiel et pernicieusement calculé. 

D'émotions il n'est pas question ici, Slaboshpytskiy préfère manipuler les grosses ficelles du cinéma d'auteur formaté festival. Un véritable petit catalogue d'horreurs est ainsi proposé : violences, combats, avortement sauvage (on est si loin de la sécheresse émouvante de 4 mois 3 semaines 2 jours), prostitution, meurtre sanglant. 

The tribe est poseur, artificiel, vain, et son réalisateur est un manipulateur primé. 

 

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Federic 13/10/2014 10:35

La critique que tu fais sur ton blog s'applique pour moi mot à mot à ces cinéastes que tu apprecies tant: Carax, Jarmush, Von Trier, Widding Refn, Naomi Kawase (hormi Shara que j'aime)...Il y a quelques mois tu appliquais exactement cette même critique (au mot près) pour Ida: "D'émotions il n'est pas question ici, il préfère manipuler les grosses ficelles du cinéma d'auteur formaté festival. ... poseur, artificiel, vain, et son réalisateur est un manipulateur primé".
Sans doute voit-on le cinéma sous une optique diametralement opposée...Interressant de savoir quand ressens tu de l'émotion au cinéma? «Production de l'émotion obtenue par une résistance à l'émotion.» «Emouvoir, non pas avec des images émouvantes, mais avec des rapports d'images qui les rendent à la fois vivantes et émouvantes" disait Bresson dans ses notes sur le cinématographe. Le chocs des images et la violence dans leur rapport entre elles, la resistance à l'emotion gratuite font justement de The Tribe, un film extremement émouvant.

Federic 13/10/2014 10:19

The Tribe, de Myroslav Slaboshpytskiy , prix de la Quizaine des realisateurs à Cannes, est un film choc, un coup de poing en pleine face qui vous laisse sans voix (tourné en langage des signes et sans traduction., porté par des acteurs époustoufflants, avec en tête ce couple formé par Grigoriy Fesenko, une force interieure qui dissimule la colère rentrée, le calme avant la tempête, et la prodigieuse Yana Novikova, une star en devenir (son modele: Adele Exarchopoulos, qui lui a donné la vocation): The Tribe, à decouvrir sans plus tarder. Realisateur terriblement doué, et acteurs épattants ..). Une violence à l'état brut, sans complaisance. Portrait d'une jeunesse livrée à elle même, qui se bat et se débat contre le monde, perdue d'avance, desenchantée, avilie...ou la souffrance cotoie la perversion: l'Amour?...broyé, massacré. Terrible portrait d'une Europe orientale (Ukraine) qui s'effondre (economiquement, moralement). Apres le choc Zvyagintsev et Leviathan, voici The Tribe de Myroslav Slaboshpytskiy. Ame sensible, certaines scenes sont proches de l'insoutenables (la scene de l'avortement de la tres jeune adolescente qui "hurle de douleur" lorsque l'infirmiere lui a dechiré le fruit de ses entrailles m'a terriblement marqué); Viol, passage a tabac, humiliations, delits cruels se font avec naturel, en silence...mais la colère gronde et le final que je ne revelerai pas nous terrifie. C'est cru et cruel. J'ose dire que The Tribe m'a laissé sans voix...Myroslav Slaboshpytskiy s'impose d'ores et déjà comme un grand cinéaste. La révélation en 2014 The Tribe, c'est "Cris et chuchotements" en Ukraine. Merci pour ce cadeau, M. Myroslav Slaboshpytskiy.

pierreAfeu 05/10/2014 21:40

Je suis d'accord.

Carole Serres 02/10/2014 05:06

Aargh, bah déjà que le film en lui-même ne m'attirait pas beaucoup, là il ne m'attire plus du tout :))