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Deux jours, une nuit

Le scénario du dernier film des Dardenne est d'une grande faiblesse, et c'est le principal défaut de Deux jours, une nuit. On est en effet habitué de la part des frères belges à plus de subtilité et de complexité dans l'écriture de leur histoire. 

Passons sur l'idée de base improbable, qui semble complètement irréaliste tant le deal présenté (une somme de primes annuelles contre un emploi en CDI) semble absurde - et destructeur - du point de vue du chef de l'entreprise même, passons donc sur cette fausse bonne idée pour examiner le cheminement du film. Il se joue sur une répétition à l'envi du même schéma : scène de doute dans une voiture, Sandra se motive et exprime toujours la même phrase assez pauvre en arguments, Sandra doute, Sandra prend du Xanax. Et on recommence. 

Plusieurs fois, le scénario bégaye carrément sur les circonstances même de la rencontre : monsieur est sorti (au pressing, à l'entraînement de foot, au bar...) pendant que madame garde les enfants, et les scènes s'étirent donc un peu (il faut bien tenir la longueur requise !) le temps de rejoindre l'endroit adéquat. 

La répétition en soi n'est pas un problème, c'est l'absence de profondeur, de sensibilité, d'intelligence relationnelle et émotionnelle dans les réactions des différents salariés qui est problématique. Comment en effet imaginer que chacun réponde aussi platement qu'il le fait, avec aussi peu de questionnements, d'interrogations sur les conséquences de ces choix ? Comment se fait-il qu'aucun des salariés ne questionne même l'idée de revoter, qui est à la base déjà bien saugrenue ?

Le film devient du coup une sorte de machine intellectuelle théorique vidant les personnages de leur humanité, à l'image du jeu de Marion Cotillard, inexpressif à l'excès, sans que l'on sache exactement si cela est volontaire ou pas. On a rarement vu une scène de suicide aussi facilement expédiée, un peu comme s'il s'agissait de se laver les dents. 

Comme la mise en scène (transparente) n'est pas le fort du cinéma dardennien, il ne reste finalement pas grand-chose à sauver de ce film faussement social, et qui se termine sur une fin malheureusement prévisible, tellement le pitch initial contient en lui le germe de son propre échec.

 

 1e

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Anne 03/03/2015 21:10

misère que ce film est morne et sans imagination ! mais pourquoi ont ils pris Marion Cotillard ?

Chris 09/03/2015 23:03

C'est la question !

Tom 01/06/2014 20:38

Il n'y a pas de réel scénario dans ce film, des scènes semblables se répètent sans cesse: l'héroïne de cette histoire qui frappe sans cesse aux portes, demande chaque fois la même chose et après avale un comprimé anti-dépresseur 'Xanax'. Cela finit par devenir ennuyant, les scènes du film traînent en longueur. Autre remarque importante: la façon de jouer des acteurs, l'expression sur leurs visages et leurs paroles... ..Tout cela tend à l'exagération et parfois même au clownesque. Il y a une manque de maîtrise des acteurs du cinétique et du verbal ce qui rend les scènes du film peu crédibles.

Bellin 31/05/2014 09:16

Le Monde vient de publier un article dithyrambique sur Marion Cotillard qui, en variant le ton et l’accent (« un léger accent wallon »), réussit la prouesse de dire fois de manière différente sa supplique : « Je voulais savoir si tu voulais abandonner ta prime, pour que je n'aille pas au chômage… » Et le journaliste de s’envoler dans l’hyperbole : « On n'est pas loin, dans les effets produits sur l'auditeur, de la musique dite répétitive apparue aux États-Unis dans les années 1960, celle de Steve Reich ou de John Adams. » Rien que ça ! Bien que la pauvre Sandra m’ait ému (au début), je ne suis pas tout à fait convaincu, surtout par le scénario bidon des Dardenne et leur mise en scène hésitant constamment entre drame personnel et documentaire socioéconomique, le tout basé sur un invraisemblable postulat de départ. Géniale ou non, Marion nous la fait pleurnicharde. (Mais façon Philip Glass. Ouf !) Ceci dit, c'est du cinoche émouvant, à la longue un brin débilitant pour le spectateur et qui, à mon humble avis, est revenu légitimement bredouille de Cannes. Car les bons sentiments ne font pas forcément des opus inoubliables et « l'actrice la plus fascinante de sa génération » ne peut donner que ce qu'on lui fait ânonner, avec ou sans accent belge. Mais bon, comme moi aussi j’aime bien, dans la salle obscure, laisser silencieusement couler des larmes brûlantes, je mettrai une étoile et demi.

Bamboo 15/06/2014 14:35

De rien, je suis contente que cette invitation ait pu servir. Eh bien, l'an prochain, on s'y retrouvera peut-être encore (ceci dit ce sera certainement le même rush !).

Bamboo 30/05/2014 14:50

Ah, j'ai donc bien fait de ne pas y aller et de refiler mon invit' ;) ! Car comme je te l'avait dit dans mon txt, les films des Dardenne et moi :S

Chris 31/05/2014 11:48

Oui, et je te remercie encore. Dommage qu'on n'ai pas pu trouver le temps de discuter plus longtemps, mais c'est tellement le rush ces journées cannoises !

anne 27/05/2014 21:21

mais dans quel film , Marion Cotillard se montre -t elle bonne actrice ??

Chris 28/05/2014 08:12

Le seul ou je dirais cela, c'est De rouille et d'os. A la limite.